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Le confinement lié à la COVID-19 a durement affecté les jeunes chercheurs et les essais cliniques

Publié par Fatéma Dodat le 11 septembre 2020


Fatéma Dodat est candidat doctorale en Sciences Pharmaceutiques à la Faculté de Pharmacie et à l'Institut de Recherche en Immunologie et en Cancérologie (IRIC) de l'Université de Montréal.
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Version originale publiée surIRIC

Les secteurs de la recherche particulièrement touchés par la pandémie commencent à être identifiés. David Knapp, chercheur principal à l’IRIC, en collaboration avec David G. Kent (University of York) et Nagarajan Kannan (Mayo Clinic), met en lumière1 les conséquences de la crise sanitaire sur les jeunes chercheurs et les essais cliniques. L’analyse est issue des données collectées par un sondage partagé2 par la Société internationale de recherche sur les cellules souches (ISSCR) auprès de ses membres. Mené du 6 au 15 avril 2020, 762 chercheurs provenant de 52 pays y ont répondu. Retour sur cette analyse publiée dans Stem Cell Reports et sur les enjeux principaux qui y ont été soulevés.

Essais cliniques interrompus: une sous-épidémie silencieuse?

Selon le sondage, près de 13 % des participants étaient impliqués dans des essais cliniques et plus de 80 % d’entre eux indiquent avoir été affectés négativement par la COVID-19. Comme l’expliquent les auteurs, plusieurs de ces essais fournissent des options thérapeutiques aux patients pour lesquels aucun traitement standard n’existe.

Pendant la pandémie, les hôpitaux se sont transformés en infrastructures pour traiter les patients atteints par la COVID-19, favorisant alors les soins et les essais cliniques en lien avec cette maladie. Par ailleurs, les hôpitaux étaient redoutés par bon nombre de personnes qui craignaient d’y être infectées. Comme la date de fin de la crise sanitaire est inconnue, les auteurs craignent que ces essais soient, au mieux, fortement retardés et au pire, abandonnés.

La recherche n’est pas immunisée contre les conséquences de la COVID-19

Si certains laboratoires ont pu adapter leurs activités de recherche pour qu’elles portent sur la COVID-19, le sondage révèle que 65 % d’entre eux ont dû fermer leur accès. De nombreux étudiants aux cycles supérieurs, en milieu ou en fin de parcours, se sont ainsi vu imposer des délais substantiels, avec plus de 70 % d’insécurité quant à leurs dates de soutenance ou de diplomation. En moyenne, les participants du sondage estiment qu’un retour à un rythme d’activité de recherche raisonnable pourrait prendre entre 6 mois et 2 ans.

Néanmoins, la communauté scientifique a su faire preuve de résilience en adaptant ses projets et en entreprenant de nouvelles collaborations pour une reprise future. Par ailleurs, ce temps a pu être consacré à l’analyse des données et la rédaction d’articles.

Les plus grands impacts pour les scientifiques des cellules souches: les jeunes chercheurs et les responsabilités familiales

Quand il a été demandé aux participants de quantifier leur niveau de stress relatif aux délais des projets, à la rédaction de manuscrits et de demande de subvention actuels et futurs, et à l’avancée de leur carrière, la moyenne a été évaluée à 3.75/5. La majorité des chercheurs – et principalement ceux en début de carrière – était particulièrement inquiète des délais de recherche augmentés.

De plus, les concours de subventions de recherche ont été reportés ou annulés, ce qui a engendré une variable inconnue supplémentaire quant au futur des laboratoires. Si dans certains cas un financement relais a été mis en place pour couvrir ces annulations, cela n’a pas été universel et n’a pu combler le vide des jeunes chercheurs qui n’ont pas encore obtenu de subvention externe à suppléer.

Aussi, deux de ces jeunes chercheurs sur trois – entre 0 et 8 ans d’expérience – soulèvent qu’ils ont dû faire face à des responsabilités familiales conséquentes. Selon les données du sondage, 71 % des jeunes chercheurs ont augmenté leur temps d’engagement familial contrairement à 55 % des chercheurs « séniors » – avec plus de 15 ans d’expérience.

Comme il est bien plus probable que cet enjeu a principalement affecté les chercheuses, les auteurs suggèrent que la période de confinement pourrait être considérée comme un congé parental quand il est question de subvention de recherche et d’avancement de carrière les concernant.

Approches créatives et nouvelles opportunités

Deux des activités majoritairement suggérées par les participants afin de rester productif, tout en travaillant de chez soi, étaient d’analyser les données et d’écrire des manuscrits. Néanmoins, ces tâches étaient réalisables dans le cas où le projet était suffisamment avancé. Aussi, planifier de nouveaux projets et rédiger des demandes de subvention pour le futur – malgré des données préliminaires manquantes – ont été évalués comme un gain de temps ultérieur.

Les auteurs notent que ce confinement a été l’opportunité de développer des compétences bio-informatiques et computationnelles. Par ailleurs, les plateformes de vidéoconférence ont permis aux membres des laboratoires de recherches et aux collègues de rester en contact et ne pas se sentir isolés.

Enfin, des éléments-clés à considérer sont l’impact de la COVID-19 sur la relecture des articles par les pairs et les réponses à fournir aux commentaires des examinateurs quand les expériences ne peuvent être effectuées. Une suggestion des auteurs est d’éviter de solliciter des expériences supplémentaires, à moins que celles-ci ne soient absolument nécessaires, et d’accorder le droit aux auteurs de discuter des limites et des incertitudes de leur étude. Ceci permettrait de rompre le mythe de « l’étude parfaite » désormais requise par bon nombre de journaux. À ce sujet, le Dr Martin Pera, éditeur en chef de Stem Cell Reports, commente notamment : « Je suis assez vieux pour me souvenir quand un article dans Nature avait quatre figures et aucun matériel supplémentaire. »

Les auteurs proposent à la communauté scientifique, et dans ce cas-ci à celle des chercheurs sur les cellules souches, de réfléchir ensemble à un plan de mitigation pour limiter les effets du confinement et de la COVID-19 sur la recherche et plus particulièrement, sur les jeunes chercheurs et les essais cliniques.


Fatéma Dodat est candidat doctorale en Sciences Pharmaceutiques à la Faculté de Pharmacie et à l'Institut de Recherche en Immunologie et en Cancérologie (IRIC) de l'Université de Montréal.
Avec une double formation en sciences pharmaceutiques et en biologie moléculaire, je suis passionnée par la recherche et la compréhension des avancées, défis et controverses scientifiques. Par ailleurs, j’aime rendre la science accessible et intéressante au plus grand nombre. C’est une des raisons pour lesquelles j’ai créé cette plateforme de vulgarisation scientifique qui publient des articles d’étudiants aux cycles supérieurs et jeunes chercheurs :https://fr.point-science.com/

References


Category: Essais cliniques